Author Archives: Jean-François Habermacher

Après la chrétienté… d’une réforme à l’autre (épisode 4)

Les « causes » de la Réforme

La Réforme a été le principal agent de la dissolution de la chrétienté (voir les blogs « Après la chrétienté… épisodes 2 et 3 »). Mais les 95 thèses de Luther contre le trafic des Indulgences n’auraient pas pu être le détonateur de la bombe réformée, si ses constituants explosifs n’avaient pas été préparés depuis longtemps. Les principaux consistent dans le changement culturel qui s’opère progressivement depuis le Moyen-âge : une réorganisation rationnelle de la société (émergence du droit, différenciation de couches sociales et ascension des élites, progression des échanges financiers) et de la pensée (multiplication des universités, systèmes théologiques), qui conduira à la Renaissance du 15ème siècle. Continuer la lecture

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La Bible et l’écologie

C’est probablement à cause d’une certaine propension à se tenir en retrait de la gestion politique des affaires du monde, que les chrétiens évangéliques se montrent assez peu diserts en matière d’écologie. En 2013, les éditions Excelsis conjointement avec Edifac viennent cependant d’ajouter à leur catalogue ce nouvel ouvrage de Frédéric Baudin, pasteur et directeur de l’association Culture-Environnement-Médias, association qui a pour objet de promouvoir les valeurs chrétiennes de l’environnement et des média. On devait déjà au même auteur « Dieu est-il vert ? Ecologie et foi chrétienne» paru en 2007 aux Editions Croire et Lire. Frédéric Baudin est vice-président de l’AEF (Alliance Evangélique Française). Continuer la lecture

La Bible de Maredsous, cuvée 2014

C’est à chaque fois une surprise de découvrir une nouvelle version biblique en langue française. Certaines sont diffusées dans un grand tapage médiatique, comme la TOB en 2010, d’autres dans une discrétion absolue, comme cette version 2014 de la Bible de Maredsous.

Il s’agit d’une Bible catholique – comprenant donc les livres deutérocanoniques – produite par les moines bénédictins de l’abbaye de Maredsous, dans la partie méridionale de la Belgique. C’est à l’évidence une Bible pastorale dont les intitulés des péricopes se présentent comme des notes introductives. La lecture en est agréable, la traduction se situant à mi-chemin entre l’équivalence formelle et l’équivalence dynamique, un peu dans l’esprit de la New International Version pour la langue anglaise. A l’instar de la Traduction Officielle Liturgique parue en 2013, la Bible de Maredsous se prête bien à la lecture publique ou à la « dévotion personnelle », mais il ne s’agit aucunement d’une Bible d’étude à laquelle les catholiques préféreront la TOB ou la Bible de Jérusalem. Continuer la lecture

L’Église a besoin d’adversaires

Un passage de l’apôtre Paul m’a amusé. Il écrit (1 Co. 16,9) : Je resterai à Ephèse jusqu’à la Pentecôte, car une porte s’y est ouverte toute grande à mon activité, et les adversaires sont nombreux ! Qu’est-ce que Paul veut insinuer avec cette remarque : et les adversaires sont nombreux ? Serait-il un apôtre tellement agressif qu’il chercherait la bagarre, considérant la présence d’adversaires comme une raison supplémentaire pour poursuivre son activité à Ephèse ? Dans d’autres traductions, nous lisons : bien que les adversaires soient nombreux. Cela voudrait dire que Paul craint la présence de nombreux adversaires, mais montre cependant assez de courage pour poursuivre sa mission. La première traduction colle plus au texte : à mon avis, Paul apprécie positivement la présence d’adversaires ; s’affronter avec eux lui semble faire partie de sa mission ! J’aimerais partager avec vous les réflexions qu’a suscitées en moi cette prise de position. Continuer la lecture

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Grammaires du vivre-ensemble

Par Anne Sandoz Dutoit

Toute langue est caractérisée par sa grammaire, son vocabulaire, ses symboles et, dans bien des cas, sa littérature. De même, chaque religion peut être vue comme une langue visant à articuler, aux plans individuel et social, la composante spirituelle, que je qualifierais d’« au-delà du moi ». Cette composante, en harmonie étroite avec le corps et le psychique, permet à l’humain de développer ce à quoi il est véritablement appelé, avec ses semblables. Continuer la lecture

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Éloge de la pâquerette

J’aspire de tout mon être à la sagesse de la pâquerette
qui offre son cœur de son vivant,
à ras la terre

La verra-t-on, ne la verra-t-on pas ?
Que lui importe, elle rit!
Été comme hiver, elle rit…
Sans même chercher à laisser un souvenir…
Elle sait bien que tout s’efface
Sauf l’Amour, qui, graine après graine, poursuit sa trace…

Michèlle

Après la chrétienté… (Episode 3 : théisme)

Dans nos Eglises, sur la place publique, en famille ou au bistrot, lorsque nous parlons de « Dieu » (cela arrive-t-il encore… ?), de quel « Dieu » parlons-nous ? Plus précisément, à quelle(s) représentation(s) ce mot fait-il encore appel ? Quand nous disons « Dieu », à quel système de pensée ce nom est-il associé, nolens volens… ? Continuer la lecture

La vie est une cathédrale de mots…

La vie est une cathédrale de mots, de mots qui charrient avec eux leur lot de maux…

Il est des situations de l’existence où nous nous passons fort bien de mots. Allez demander à des amoureux éblouis de disserter sur l’amour… ! Et d’autres moments de la vie où nous serions perdus sans mots, dès qu’il s’agit de partager ce qui nous habite, nos craintes, nos joies, les événements heureux et malheureux, ce qui nous a fait courber l’échine ou nous redresser et nous tenir debout… Nécessité fragile des mots… Dans leur ambivalence même, ils construisent nos existences, pour le meilleur et parfois le pire… Continuer la lecture

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C’est à quel moment du culte que je peux demander pardon à Dieu ?

« C’est à quel moment du culte que je peux demander pardon à Dieu ? ».

Elle lève sa frimousse de 10 ans vers moi. Avec d’autres enfants, nous sommes en train de préparer un culte en famille. Ils sont répartis en groupes qui réfléchissent aux différents moments du culte (eh oui, chaque prière a un sens différent).

Sa question me surprend, parce que cette prière-là, « Demander et recevoir pardon », je ne l’avais pas prévue. Un peu pour raccourcir le culte, mais aussi, pour contourner le sujet épineux du péché.

« Tu as envie de demander pardon ? ». Ma question suscite chez elle un regard étonné et un peu peiné par mon manque de finesse. « Bien sûr ! » me répond-elle en haussant les épaules, avant de retourner dans son groupe pour choisir des sujets pour la prière de louange (« Dire merci à Dieu »). Je la regarde et du peu que je sais d’elle, si quelqu’un devait demander pardon à l’autre, la balle serait plutôt dans le camp de la vie.

Pourtant, d’instinct, elle a senti que le culte, ce moment que Dieu nous offre, c’est aussi un temps privilégié pour se dévoiler, pour se délivrer d’un fardeau. Ensemble, les enfants décident de prévoir pendant le culte un panier pour que chacun puisse déposer quelque chose qui lui pèse.

« En effet, même si notre cœur nous condamne, nous savons que Dieu est plus grand que notre cœur et qu’il connaît tout. » Première Epître de Jean, 3,20

– Ariane Baehni, pasteure suffragante à Vallorbe