Category Archives: théologie

Après la chrétienté… d’une réforme à l’autre (épisode 4)

Les « causes » de la Réforme

La Réforme a été le principal agent de la dissolution de la chrétienté (voir les blogs « Après la chrétienté… épisodes 2 et 3 »). Mais les 95 thèses de Luther contre le trafic des Indulgences n’auraient pas pu être le détonateur de la bombe réformée, si ses constituants explosifs n’avaient pas été préparés depuis longtemps. Les principaux consistent dans le changement culturel qui s’opère progressivement depuis le Moyen-âge : une réorganisation rationnelle de la société (émergence du droit, différenciation de couches sociales et ascension des élites, progression des échanges financiers) et de la pensée (multiplication des universités, systèmes théologiques), qui conduira à la Renaissance du 15ème siècle. Continuer la lecture

L’Église a besoin d’adversaires

Un passage de l’apôtre Paul m’a amusé. Il écrit (1 Co. 16,9) : Je resterai à Ephèse jusqu’à la Pentecôte, car une porte s’y est ouverte toute grande à mon activité, et les adversaires sont nombreux ! Qu’est-ce que Paul veut insinuer avec cette remarque : et les adversaires sont nombreux ? Serait-il un apôtre tellement agressif qu’il chercherait la bagarre, considérant la présence d’adversaires comme une raison supplémentaire pour poursuivre son activité à Ephèse ? Dans d’autres traductions, nous lisons : bien que les adversaires soient nombreux. Cela voudrait dire que Paul craint la présence de nombreux adversaires, mais montre cependant assez de courage pour poursuivre sa mission. La première traduction colle plus au texte : à mon avis, Paul apprécie positivement la présence d’adversaires ; s’affronter avec eux lui semble faire partie de sa mission ! J’aimerais partager avec vous les réflexions qu’a suscitées en moi cette prise de position. Continuer la lecture

grammaire

Grammaires du vivre-ensemble

Par Anne Sandoz Dutoit

Toute langue est caractérisée par sa grammaire, son vocabulaire, ses symboles et, dans bien des cas, sa littérature. De même, chaque religion peut être vue comme une langue visant à articuler, aux plans individuel et social, la composante spirituelle, que je qualifierais d’« au-delà du moi ». Cette composante, en harmonie étroite avec le corps et le psychique, permet à l’humain de développer ce à quoi il est véritablement appelé, avec ses semblables. Continuer la lecture

Après la chrétienté… (Episode 3 : théisme)

Dans nos Eglises, sur la place publique, en famille ou au bistrot, lorsque nous parlons de « Dieu » (cela arrive-t-il encore… ?), de quel « Dieu » parlons-nous ? Plus précisément, à quelle(s) représentation(s) ce mot fait-il encore appel ? Quand nous disons « Dieu », à quel système de pensée ce nom est-il associé, nolens volens… ? Continuer la lecture

La chrétienté est morte… Vive l’Evangile ! (Episode 2)

Vous êtes-vous déjà réveillés un matin en vous demandant : «Pourquoi donc se lever aujourd’hui et faire ce qui est à faire»? La vie, telle qu’elle est, avec ses abîmes et ses sommets, ses joies et ses peines, ses grandeurs et ses vicissitudes vaut-elle vraiment la peine d’être vécue? Ne faudrait-il pas se rendre à l’évidence des propos du philosophe et écrivain roumain Emil Cioran et parler, avec lui, de l’inconvénient d’être né? Bien plus, de quel droit peut-on imposer à des personnes de venir au monde alors qu’elles n’ont rien demandé? Est-il légitime de vouloir prolonger ainsi la vie de l’espèce? Au nom de quoi pouvons-nous préférer que l’aventure humaine continue, que l’espèce humaine se perpétue plutôt qu’elle ne s’arrête et disparaisse? Au fond, la vie est-elle un bien suffisamment grand pour que l’on se sente légitimé non seulement à l’habiter, mais à la perpétuer, en appelant d’autres à y prendre place? Continuer la lecture

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Salutation

En tant qu’étudiants en théologie nous tenons une place privilégiée. Nous avons le temps et le luxe de pouvoir observer. Nous nous trouvons dans un lieu où notre identité, la société et les traditions sont prises au corps-à-corps et où l’on peut faire s’entre-réfléchir mondes et possibilités sur fond de vie. Continuer la lecture

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«Ne pourrais-tu pas faire que le ciel s’ouvre?»

Vacances en Irlande cet été. Après une semaine sous le ciel gris et la pluie, en manque de soleil et le moral dans les chaussettes, voici la question que m’a posé par ma belle-sœur: «Toi qui es croyante, ne pourrais-tu pas faire que le ciel s’ouvre?» Misère ! Heureusement que ce ne sont pas les croyants qui font la météo (même si j’avoue qu’à ce moment-là je n’aurais pas refusé…)! D’ailleurs, le Dieu auquel je crois ne fait pas la pluie et le beau temps! Par contre, bien souvent un miracle est un miracle parce qu’on ne sait pas comment il se réalise ; si ce n’est par la foi de celui ou celle qui le demande. Après avoir plaisanté et débattu de la question, nous avons décidé que nous ferions de notre mieux! Belle surprise le lendemain matin : le ciel bleu s’ouvrait entre les nuages, et le soleil ne nous a (presque) plus quittés pour nos derniers jours dans ce beau pays! Joli clin d’œil! Il suffisait de demander… Continuer la lecture

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Le pouvoir des histoires. Histoire de vie, histoire de foi…

Par Jean-François Habermacher.

Pourquoi parler de soi ou raconter sa vie? Nombreux sont celles et ceux qui, aujourd’hui, se racontent et dévoilent leur vie, sans pudeur ni modestie, dans des livres et des journaux. Autobiographie, récits biographiques font recettes. Dans un ouvrage paru il y a quelques années déjà (Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, La Découverte, 2007), Christian Salmon analyse l’engouement actuel pour la narration de soi. Il observe comment les nouveaux communicateurs et les politiciens actuels fabriquent des histoires pour influencer voire manipuler les esprits. Cette nouvelle «arme de distraction massive» travaille d’abord sur le plan émotionnel, elle parle au cœur plus qu’à la raison et mélange allègrement fiction et réalité.

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Seuls dans le cosmos

Par René Blanchet.

Les journalistes « scientifiques » ne cessent d’en rajouter : chaque découverte d’une nouvelle exoplanète ou de tel élément géologique sur Mars est automatiquement saluée comme l’étape imminente qui va conduire vers la révélation de l’existence d’une forme de vie extraterrestre. Que les savants se réjouissent de vérifier l’hypothèse d’une universalité de la vie dans l’univers, on le comprend très bien. Qu’ils espèrent pouvoir mieux comprendre le mécanisme des débuts de la vie à partir d’éventuelles autres formes physiques de cette vie, d’accord. Mais l’enthousiasme des journalistes me semble plutôt relayer le désir du public, qui cache des raisons moins désintéressées.

Ce public désire absolument que les mondes qui nous entourent soient peuplés. Il n’en peut plus d’attendre une rencontre avec des êtres exotiques, quels qu’ils soient. Il veut donc que le mythe des E.T. ou les guerres cosmiques à coup de rayons U correspondent à quelque chose de réel. Il aurait enfin un autre pour lui faire face, un vis-à-vis, qui lui donne des réponses à ses questions. Car – il le réalise clairement – si tout cela ne s’accomplissait pas, il lui faudrait supporter une situation effrayante : se retrouver seuls, minuscules, abandonnés, dans un cosmos démesuré. Pascal, au 17ème siècle, avait déjà éprouvé cette terreur, mais il ne pouvait encore appréhender les dimensions extravagantes que nous connaissons, il n’imaginait pas encore les milliards d’amas de milliards de galaxies de milliards d’étoiles et de planètes. La saga astronomique et astronautique vient à point combler le sentiment insupportable que notre existence est une énigme côtoyant l’absurde ; elle distribue des parcelles de connaissance qui nous évitent de devoir reprendre sérieusement la question métaphysique, ce travail de Sisyphe trop obsédant. Mais cette saga ne nous empêche pas de ressentir, à tout moment, la fragilité de notre existence et de son cocon d’air.

Contrairement à ce que pensent les non-scientifiques, il est probable qu’il sera très difficile, voire impossible de prouver indiscutablement la présence de vie sur d’autres planètes. La présence d’éléments chimiques indispensables à la vie ne prouve pas encore la vie, qui continue de se dérober. En fait, nous possédons déjà sur notre terre, tout ce qui est nécessaire pour sonder la vie : une variété extraordinaire de formes, qu’il nous est possible d’étudier dans leur développement historique. Si l’origine nous échappe ici-bas, elle nous échappera aussi là-haut ! Trouver un double de la terre orbitant dans l’espace nous apportera certes beaucoup de connaissances, mais le vœu secret du public risque fort d’être déçu : il continuera d’éprouver sa solitude cosmique pendant longtemps.

Il est incontestable que la foi en Dieu, que nous relions au tout, et qui est notre Tout, en même temps qu’il nous rencontre à chaque instant dans notre existence terrestre, représente un grand réconfort dans notre solitude. Il se peut bien que cette Présence, contestée, mais toujours offerte, soit ce que l’homme ne cesse de rechercher, en tous lieux.

Merci à Jean

Ou plutôt merci aux deux Jean. Premièrement à Saint Jean d’avoir écrit son Evangile (un best-seller, rappelons-le) et d’avoir ainsi diffusé la bonne nouvelle de la venue du royaume de Dieu. Ensuite au théologien Jean Zumstein d’avoir écrit un commentaire de cet Evangile (un futur best-seller, n’en doutons pas) dont le tome 1 vient de paraître (éd. Labor et Fides ; le tome 2 est déjà paru en 2007). Venu le 5 mai 2014 au Sycomore, dans le cadre de Un auteur, un livre, Zumstein nous a offert une riche soirée en répondant aux questions posées par Virgile Rochat puis par le public.

Ses propos m’ont touchée pour plusieurs raisons.
Lire le commentaire d’un livre biblique, c’est bénéficier d’un ensemble d’explications destinées à faire mieux comprendre au lecteur actuel le texte ancien, le contexte dans lequel il a été écrit, pour quels lecteurs, et aussi comment ce texte a été lu et reçu au cours des siècles. Or Zumstein pose que l’Evangile de Jean est lui-même un commentaire et une interprétation des actions du Christ. L’évangéliste a un projet théologique précis : les signes « qui sont ici ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est Christ, fils de Dieu, et qu’en son nom, confiants, vous ayez la vie » (Jean 20, 31). Il donne un sens à la vie et à la personne de Jésus en précisant son identité. Dans l’Ancien Testament, Dieu disait « Je suis ». Dans Jean, Jésus reprend cette parole en disant « Je suis le chemin, la vérité et la vie». L’originalité de l’évangéliste Jean, qui relate bien moins de miracles que les synoptiques, est de développer longuement chaque récit et de présenter en détails les réactions des personnages. Ainsi, dans la guérison de l’aveugle-né (Jean 9), l’ancien aveugle répond aux questions réitérées des pharisiens en disant chaque fois ne pas savoir comment le miracle s’est produit, mais en confessant sa foi en Jésus. Le lecteur de l’Evangile de Jean n’est-il pas appelé lui-aussi à prendre position face à Jésus ? Va-t-il comme l’aveugle guéri voir clair en recevant Jésus, la lumière du monde, ou alors pinailler sur le pourquoi du comment de cette guérison?

D’autre part, comme traductrice, j’ai compris les obstacles que Zumstein a pu rencontrer en traduisant l’Evangile de Jean du grec en français, avec le risque de trahison que cet exercice comporte. L’auteur a d’ailleurs choisi de laisser certains mots en grec (exemple : Logos, qu’on ne peut traduire qu’approximativement par la Parole ou le Verbe).

Férue d’histoire, j’ai aimé l’insistance de Zumstein sur un des buts que l’Evangéliste donne à son livre : faire mémoire de la vie de Jésus. J’ai goûté aussi sa prudence concernant l’exactitude des faits et des paroles relatés, sachant que toute histoire racontée par un auteur est une interprétation (exemple de deux biographies du général Guisan qui seront très différentes même si leurs auteurs disposent des mêmes sources historiques).

Passionnée par la personne du Christ, j’ai mieux compris le mystère de sa relation à Dieu grâce à l’image employée par Zumstein, celle de l’ambassadeur. Envoyé du Père, Jésus agit et parle comme l’ambassadeur d’un roi auprès d’un autre pays. Or à la manière du Proche-Orient de l’époque de Jésus, si l’ambassadeur parle, c’est le roi qui parle; s’il agit, c’est le roi qui agit. Donc si Jésus est là avec les hommes, c’est Dieu lui-même qui est là. Et ce rôle d’ambassadeur, nous les croyants sommes aussi appelés à le jouer : « Soyez en paix…Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » (Jean 20, 21).

Je me réjouis donc de me plonger dans le commentaire de Jean Zumstein pour relire la Bonne Nouvelle avec un regard neuf, pour recevoir les paroles de Jésus et me fier toujours davantage à cette Parole par excellence.

Annelise Rigo