Category Archives: théologie

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Comme un pacha dans son harem

Par Ariane Baehni.

Ma mère était de culture espagnole, plus précisément castillane. Dans sa tradition, le langage s’enrichit de métaphores, d’exagérations, et de références à des proverbes qui ont traversé les siècles pour illustrer la pérennité des travers et des cocasseries humaines. Cet amour pour la langue et ses subtilités, pour les détours permettant de colorer à souhait une situation en la rattachant à une tradition millénaire, c’est sans doute la trace des mélanges de cultures, entre l’hiératisme de la péninsule et l’humour de ses occupants sémites, arabes et juifs.

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Dieu dans la Nature: retrouver la joie de l’engagement et de la pensée…

Lundi soir 26 mai, le Sycomore à Lausanne accueillait Philippe Roch, ancien Secrétaire d’Etat et directeur de l’Office fédéral de l’environnement, devenu aujourd’hui «paysan et philosophe». C’était à l’occasion de la parution de son dernier livre, Le penseur paléolithique. La philosophie écologiste de Robert Hainard paru en 2014 aux éditions Labor et Fides… Une soirée riche et émouvante au cours de laquelle plusieurs thèmes furent abordés. Jean-François Habermacher donne un écho de cette rencontre, sous la forme d’une lettre amicale à Philippe Roch et d’un commentaire personnel à quelques questions posées…

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La trinité pour les nuls

Par René Blanchet.

N’aie donc pas peur, chère lectrice, cher lecteur, mon intention n’est pas de tordre l’arithmétique en prétendant que 3=1. Je ne vais pas non plus te contraindre à pénétrer dans les complexités de la théologie trinitaire des 4ème et 5ème siècle; je n’utiliserai aucun de ces concepts dont les théologiens anciens se délectaient: l’essence, les hypostases, la génération, la spiration, la périchorèse… Je constate simplement la fréquence de la formule trinitaire dans le Nouveau Testament et combien souvent on couple les figures du Père, du Fils et du Saint Esprit. Ce n’est certainement pas un hasard. Dans la finale de l’évangile de Matthieu, par exemple, les apôtres sont invités à enseigner les nations et à les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Mon but est d’essayer de faire apparaître la nécessaire unité qui lie les missions respectives du Père, du Fils et de l’Esprit, une unité indispensable à la cohérence de notre foi. Voici donc les points successifs de mon développement:

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L’effacement progressif du moi

Par Jacques Herman

Au 5e siècle, la date de naissance de Jésus est fixée au 24 décembre, trois jours après le solstice d’hiver, lorsque la durée de la lumière du jour augmente, et celle de Jean Baptiste le 24 juin, trois jours après le solstice d’été, lorsqu’elle diminue. L’Eglise catholique romaine illustre ainsi le propos du Baptiste au sujet de Jésus: «Il faut que lui croisse, et que moi je diminue» (Jn 3, 30), mots que reporte, dans leur traduction latine, le retable d’Issenheim de Matthias Grünewald: «Illum oportet crescere me autem minui».

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Accompagner…

Par Ariane Baehni, enseignante au Séminaire de culture théologique.

Devenir pasteur, c’est revêtir une fonction qui, comme un vêtement inhabituel, demande à être retouché, apprivoisé et habité. Pendant ces premiers mois, je découvre qu’être pasteur, c’est d’abord bénéficier d’une confiance inouïe de la part des êtres humains rencontrés. C’est incarner une personne ressources qui cristallise le besoin de se dire en vérité. Cela ne pas toujours de soi.

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Des limites à tenir

Par René Blanchet

Les banques font d’énormes efforts, paraît-il, pour adapter leur organisation et leur stratégie aux nouvelles exigences, restrictives, du législateur. Nous imaginons sans peine, en effet, le dur travail auquel s’adonnent, dans leurs bureaux, les cadres, les juristes et jusqu’aux programmeurs, pour qu’au final le plus grand écart possible soit trouvé entre la lettre et l’esprit de la loi !

Peut-on moraliser la finance ? Certains en doutent, comme le philosophe André Comte-Sponville, qui considère ce secteur comme un système foncièrement a-moral et dont le fonctionnement ne peut être guidé que de l’extérieur, par les décrets de l’Etat. D’autres sont plus conciliants, estimant que la finance a pour but, en principe, de servir la société et qu’on peut trouver, à l’intérieur des entreprises, à tous les échelons, des personnes responsables, conscientes de la nécessité de choisir entre ce qui est bien ou mal.

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Veilleur, où en est la nuit?

«Ne racontez pas ce qui est arrivé au matin de Pâques.
D’ailleurs, qui parmi vous pourrait le savoir?
L’acharnement à vouloir aussi bien prouver que nier
l’historicité de Pâques est aussi douteux que suspect.
Parlez plutôt de cette lumière qui peut éclairer nos nuits.
Evoquez ce qui vous est arrivé à partir de là.
Vivez quelque chose qui peut m’arriver à moi aussi…».

D’après Gérard Rolland, La condition passagère

Décidément, la symbolique pascale est redoutable. En témoigne l’étonnante facilité de bien des discours chrétiens, où le plus inouï tombe dans la banalité, laissant stupéfaites ou exaspérées les oreilles quelque peu exigeantes. Parce qu’elle a pu signifier, à travers les âges, aussi bien l’exaltation de l’au-delà (une garantie d’immortalité!) que la prestation compensatoire à une vie de misère et d’effroi (l’opium du peuple!), Pâques s’expose au soupçon de projection et d’illusion du désir. Le récit pascal, trop beau pour être vrai, ne serait-il alors qu’une façon de domestiquer le tragique de la mort et de déserter la réalité humaine?

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Mourir, la belle affaire, mais…

Par Jean-François Habermacher.

Devant la mort, on ne fait pas les rigolos. Les masques tombent. Elle nous touche au plus intime, au plus profond. Malgré tous les soins qui nous seront prodigués, malgré la présence, l’affection des proches et des amis, cette aventure restera mon aventure, pour autant bien sûr qu’il me soit donné de la vivre…

Quant à la mort de Jésus que l’on s’apprête à célébrer, je me distancie aujourd’hui de plusieurs interprétations chrétiennes classiques. Je ne crois pas, par exemple, que Jésus ait été programmé pour mourir, pour offrir une prestation compensatoire ou pour subir le châtiment divin à notre place. « La mort de Jésus est le fait des hommes, non une exigence de Dieu ». Mais que faire alors de cette conception sacrificielle de la mort de Jésus qui a marqué notre culture et qui semble encore donner le ton dans la plupart des Eglises chrétiennes actuelles ?

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